L’AGO 2020 de la fédération régionale a pris un tour différent, afin de s’adapter aux contraintes des restrictions sanitaires. Elle se fit donc sous forme numérique dans la deuxième semaine de juin. Le vote des adhérents a en effet été sollicité par la voie électronique, les différents rapports, moral, financier et d’activité ayant été envoyés au préalable par l’équipe permanente.
Cette assemblée générale a également permis d’élire trois administrateurs, Pascale GHIO, Directrice de l’EI Nouvelle Attitude (78), Anne-Sophie DE BOULOIS, Directrice de l’EI Zazie Hôtel (75) et un nouvel administrateur, Yazid BOUDJEDIA du groupe ID’EES.
Les administrateurs de la fédération ayant souhaité qu’un échange avec les adhérents puisse être maintenu, la fédération régionale organisait le 25 juin un webinaire sur les impacts de la crise et le rebond. Pour l’animer, elle avait sollicité Philippe Lerouvillois, économiste, qui dirige un groupe d’entreprises d’insertion en Lorraine et est membre du bureau de la fédération. A ce titre, il a travaillé sur la négociation en cours du FDI rebond et sur l’étude réalisée par le cabinet Ernst & Jung sur les impacts de la crise sur les EI/ETTI.
Les impacts de la crise sont très différents selon les secteurs. Reprise lente pour le bâtiment, très difficile pour l’hôtellerie-restauration-traiteurs, plus rapide pour l’économie circulaire (recyclage, déchets), les espaces verts et la propreté. Cependant, l’incertitude règne sur le calendrier puisque les effets vont se ressentir sur plusieurs mois.
La crise a permis de démontrer une certaine capacité d’adaptation des entreprises d’insertion et une accélération de certaines activités (accompagnement des publics, management adapté et nouvelles façons de travailler…).

Quelle analyse de cette crise peut-on faire ? Comment les EI ont elle résisté ?

Cette crise est inhabituelle de par son ampleur mondiale. Elle a des impacts non vus depuis la seconde guerre mondiale. En fait, nous sommes à la conjonction de deux crises, celle de l’économie réelle et la crise financière de 2008. Cette fois-ci, la crise est liée à un arrêt forcé de l’économie.
Pourquoi a-t-on confiné les gens ? On attache plus de valeur à la vie humaine qu’avant et ce qui a émergé avec le néolibéralisme et la destruction des capacités hospitalières, préventives, etc…
Il y a une fausse croyance de réduction des impôts et de taxation du capital… Moins de ressources et donc une perte d’efficacité. Le PIB baisse de 12 % et 900 000 emplois sont détruits.
« C’est quand la mer se retire qu’on voit qui se baignait nu ». Il y a une mise en danger des entreprises déjà en difficulté (textile, automobile…). Or, les entreprises n’ont jamais eu autant de trésorerie qu’aujourd’hui avec tous les leviers mobilisés. Celles qui sont en difficulté n’ont pas l’ingénierie suffisante pour faire toutes les demandes.

Quelle capacité de résilience de notre économie ? Va-t-on vers une relance selon les mêmes modalités qu’avant ? Avec les mêmes risques ?

On constate une utilisation de leviers keynésiens. Il y a une bonne protection de l’emploi grâce au chômage partiel et on mutualise les dettes à l’échelle européenne.
L’urgence est de sauver les entreprises. Les solutions viennent après.
On est sur une notion de fin de cycle (destruction des ressources naturelles et des coûts liés…).
On relève une inquiétude de la part des citoyens (bons résultats de la part des listes écologistes…) et donc une pression politique pour une meilleure prise en compte de la dimension écologique.
La crise est l’occasion de travailler sur des sujets de fond en l’absence d’opérationnel.
On remarque un gros apprentissage lors de la crise pour les dirigeants des structures. Il a fallu faire face et s’adapter, développer de nouvelles capacités managériales.

Quelle place pour l’IAE dans le monde d’après ?

Tout d’abord la crise fait apparaître une nécessité de pilotage stratégique en période de crise liée à des effets de seuil. Plus on est petit, plus on risque des pertes (peu de fonds propres et pas de capacités de financement…). Il faut accompagner les petites entreprises à la réponse (sollicitation des outils financiers, PGE…). Elles n’ont en général pas suffisamment de capital financier et humain.
Grossir permet de bien faire le job (DAF, commercial, cadres industriels…). On peut se faire aider par des consultants RH, mutualiser des RH avec les plus petites structures.
Il est important de ne pas se faire happer par des missions secondaires et de garder sa spécialisation.
Il faut agir individuellement, mais aussi collectivement en tant qu’entreprise. S’inscrire dans les réseaux permet d’être soutenu.
La version optimiste est illustrée par le questionnement des DRH et patrons des entreprises : comment rendre ma boîte plus inclusive et plus durable ? On passe par l’intégration de valeurs citoyennes non affichées comme peuvent le faire les grands groupes.
On peut voir par exemple le texte cosigné par le MEDEF qui prône une économie durable, des investissements dans l’éducation, la relocalisation, la revalorisation des métiers utiles à la nation (infirmières, aides-soignantes, agents d’entretien, caissières, chauffeurs livreurs, logisticiens, ripeurs …).
Se réinventer prend du temps, par exemple sur l’amélioration du bâti (rénovations énergétiques, écoconstruction, laine de roche, recyclage…). Le carton a perdu la quasi-totalité de sa valeur marchande, on renvoie des déchets dans les pays asiatiques, mais les frontières ferment. Il y a des créneaux à réinvestir / réinventer pour les entreprises d’insertion comme l’emballage, le recyclage des palettes, la fabrication de litière pour chats à base de déchets de carton…

Pour financer ces projets, certains participants au webinaire soulignent qu’il est trop difficile de passer par la finance « solidaire ». L’hybridation a sans doute de beaux jours devant elle.

A suivre…