Le projet économique d'une EI

L’EI se différencie d’une entreprise classique en ce qu’elle met son projet économique au service d’un objectif socioprofessionnel d’insertion d’un public en difficulté.
Cette spécificité a des conséquences importantes pour l’EI qui, bien qu’originale dans son mode de fonctionnement et sa raison d’être même, n’en est pas moins entièrement immergée dans le secteur concurrentiel.

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La spécificité de l’entreprise d’insertion est d’imbriquer indissociablement un projet économique et un projet socioprofessionnel, ce quels que soient sa forme juridique et son domaine d’activité.
L’EI se situe donc de plain-pied dans le secteur marchand, et ses ressources financières proviennent essentiellement de la vente de produits et/ou de services. Dans l’esprit du législateur, les aides publiques perçues sont destinées à compenser le handicap que représente pour l’EI, par rapport à ses concurrentes sur le marché économique, la plus faible productivité des salariés en insertion, leur mobilité obligée (CDDI de 4 mois minimum et de 24 mois maximum), ainsi que le surcoût généré par leur encadrement et accompagnement quotidiens. Cette philosophie a été clairement corroborée par le Conseil de la concurrence dès janvier 1994, face aux interprétations de certaines entreprises traditionnelles qui accusaient les entreprises d’insertion de concurrence déloyale (« […] rien n’établit que, sur les marchés concernés, le jeu normal de la libre concurrence soit faussé par l’octroi de subventions accordées aux entreprises d’insertion par l’économique. »)

D’autant plus que le soutien financier de l’Etat ne sera accordé ou maintenu qu’à condition que l’EI fasse preuve de sa viabilité économique, définie comme suit par la circulaire DGEFP du 26 mars 1999 :

  • l'ampleur, la permanence et la solvabilité du marché pour les biens ou services vendus,
  • la correspondance entre les différents produits ou services proposés et leurs marchés,
  • la pertinence et le dimensionnement adéquat de l'appareil de production ou de commercialisation ?
  • la situation financière équilibrée, appréciable à partir des comptes prévisionnels et le cas échéant des bilans et comptes de résultats demandés à l'entreprise.

Cette même circulaire précise d’ailleurs, à propos de l’examen des dossiers de (re)conventionnement lors des CDIAE :

« Lors de l'instruction du dossier, une attention particulière sera apportée à la situation économique de la structure. Pour ce faire, les Unités Territoriales s'appuieront sur les économistes régionaux des Direccte. Le cas échéant, il pourra être conseillé à l'EI de recourir à un audit ou à la consultation d'un conseil, éventuellement financés par le Fonds départemental pour l'insertion. »
Au moment de la création d’une EI, un porteur de projet devra donc penser son entreprise aussi comme une entreprise traditionnelle (étude de marché, business plan, plans de financement et de trésorerie à trois ans, etc.).

Mais, dans son projet économique, il devra également penser à ceux qui le mettront en œuvre, à savoir principalement les salariés en insertion, ce qui, du fait de leur faible niveau de qualification, circonscrit le champ des activités possibles.
Cette contrainte relative est aussi un atout, puisqu’il a conduit les créateurs et directeurs d’EI à faire preuve d’inventivité et d’imagination, à défricher et occuper des territoires économiques nouveaux. Si les EI sont très représentées dans les secteurs du BTP, de l’intérim ou de la restauration, elles ont ainsi (re)dynamisé certains secteurs comme la récupération, le recyclage, le commerce d’occasion et l’entretien des espaces verts.
Certaines aides nationales ou régionales concernent le projet économique de l’EI, en particulier le FDI.

 

Le projet social d'une EI    

Conformément à l’article L.5132-1 du Code du Travail, l’entreprise d’insertion doit avoir pour objet de favoriser l’insertion des personnes sans emploi rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières, et doit mettre en œuvre des modalités spécifiques d’accueil et d’accompagnement

Bien que le projet social d’une entreprise d’insertion par la production ou par le travail temporaire diffère d’une entreprise à l’autre (selon l’origine du projet,  la structure ou personne porteuse,  l’implantation locale,  l’activité économique déployée,  la typologie du public embauché), il a comme dénominateur commun l’insertion des personnes cumulant des difficultés sociales et professionnelles. L’intervention de l’entreprise d’insertion s’inscrit dans une logique de médiation ou de passerelle vers l’emploi. L’obligation d’un contrat de travail de droit commun et l’accès aux droits qui lui sont liés constituent la première étape, fondatrice et déterminante, de la rupture d’une situation de précarité et/ou d’exclusion. Avec les personnes qu’elles salarient, les entreprises d’insertion mettent en oeuvre des parcours d’insertion cohérents, ascendants et temporaires, fondés et organisés sur la mise en situation de travail et qui impliquent une démarche obligatoirement individualisée.

  • Parcours cohérent parce qu’il inclut des moments d’accueil, de recherche de solutions adaptées aux difficultés personnelles et sociales rencontrées par les personnes en insertion, à leurs besoins en matière d’orientation, d’acquisition de savoir être et de savoir faire, de formation à l’intérieur ou à l’extérieur de la structure, de recherche d’emploi, selon un rythme propre à chacun des salariés.
  • Parcours ascendant parce qu’il détermine pour chacun un processus d’apprentissage et se fixe comme objectif la conduite d’un public de chômeurs en grande difficulté jusqu’à un niveau requis d’employabilité.
  • Parcours temporaire parce que la situation d’insertion n’a pas vocation à être un statut, ce qui serait inacceptable et dangereux, tant pour les personnes elles-mêmes que pour les structures et les intervenants et parce que la finalité reste l’intégration dans le milieu économique ordinaire.


L’insertion par l’économique met donc en oeuvre, en s’appuyant sur la mise en situation de travail, 3 fonctions complémentaires et indissociables :
une fonction de « requalification sociale,

  • une fonction de « requalification professionnelle de base »,
  • une fonction de médiation ou de « passerelle » vers l’emploi. Pour assurer le déploiement de son projet social, l’entreprise d’insertion doit se doter de moyens humains et compétences internes (encadrement technique formé au tutorat et à l’approche des publics en difficulté, chargé d’accompagnement social et professionnel) et externes (prescripteurs et partenaire.

 

Prescripteurs et Partenaires

 

Dispositifs sociaux Dispositifs professionnels
Club de prévention Pôle Emploi
Foyer d’hébergement Missions Locales
CCAS, mairies Permanences Emploi Adultes
Assistantes sociales, Centre Médico Social Services d’Orientation
Commission Locale d’Insertion Organismes de formation
Services pénitentiaires Travail Temporaire
Services sociaux du Conseil Général (RSA) Autres structures d’insertion par l’activité économique
Autres structures d’accueil social Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi (PLIE)
  Maisons de l’Emploi